La Fourch'etc

Passer de la charité au droit
LEURS MURS, NOS PONTS

En Europe, plus d’une personne sur cinq n’a pas accès à une alimentation adéquate. En France c’est 5 millions de personnes qui ont recours à l’aide alimentaire ; En Belgique, 600 000. Or, ces dernières années, les temps de crise s’installent, durent, et deviennent notre temps quotidien.

L’alimentation est bien souvent la première marge d’ajustement dans la gestion du portefeuille.

Il faut dire, il nous en reste peu, des marges. On a beau rogner, se refuser des apprentissages, des loisirs, des sorties, on a beau allumer le chauffage le plus tard possible, porter plusieurs pulls à l’intérieur de l’appartement, trouver les offres de téléphonie et de banque les plus accessibles, non vraiment, on a beau rogner partout, des marges il n’en existe plus beaucoup. Alors on rogne aussi sur ce que l’on mange. On saute un repas, on mange un sandwich, on fait nos courses dans les enseignes premier prix de la grande distribution. On mange moins, et de moins bonne qualité. Mais parfois, là aussi, ça ne suffit pas.

Lorsque manger devient un problème, lorsque se nourrir nous ramène à la honte, à la colère, lorsque ce besoin vital et ce droit humain vient porter toute la charge symbolique d’une violence systémique, d’un système précarisant et excluant, manger alors isole, blesse le corps et le cœur, nous pousse au repli.

Face à ces impasses, nous tentons des chemins. Poussent alors partout sur terre, en Europe, en France et en Belgique, de formidables initiatives qui refusent de se laisser abattre, se lèvent et se rassemblent pour faire valoir leurs droits et faire entendre leurs voies, s’organiser collectivement, s’entraider, se transmettre, rêver et faire ensemble.

Des collectifs d’habitant.es cultivent sur des bouts de terrain ou des fermes entières des produits sains et de qualité. Des cantines populaires, portées par les habitant.es du coin, ouvrent grandes leurs marmites pour nourrir leur quartier, accueillir les savoirs-faire et recettes de chacun.e, toute l’histoire personnelle qui vient avec. Des lieux fleurissent un peu partout pour organiser soi-même son accès à l’alimentation, mais aussi se rencontrer, se poser, découvrir. Remettre du soin dans nos corps physiques, et dans nos corps sociaux.

Des espaces-temps faits de savoirs, de sourires, de corps, de terres, d’énergies, d’outils, de partages, de locaux, de mains tendues, de communs, de différences, de bras ouverts. Parce que les ponts resteront toujours plus nombreux que les murs, et qu’un mur, ça se casse.

Viens, on s’apprend ?

Les Collectifs Présents